Impact du Data Act sur les fournisseurs de services de traitement de données

Partie 1 - Objet, enjeu, périmètre ET sanctions du Data Act

Objet et enjeu du Data Act

Le Règlement (UE) 2023/2854 « Data Act »[1] est entré en application le 12 septembre 2025 et cherche à modifier le rapport de force entre les prestataires de services de traitement de données (IaaS, PaaS, SaaS) et leurs clients. Son ambition est notamment de favoriser la concurrence et l’émergence de nouveaux acteurs . Pour cela, le règlement pose un cadre visant à faciliter le changement de fournisseur et notamment de nouvelles règles de réversibilité et d’interopérabilité.

Pour les acteurs du cloud et du SaaS, l’enjeu immédiat est d’adapter leurs contrats, outiller et informer les clients et prospects sur le processus de sortie, documenter les données et actifs exportables, et publier un registre en ligne listant formats, structures et normes d’interopérabilité.

A noter : sauf exception (par exemple pour le transfert des données hors UE), le Data Act porte sur l’ensemble des données, personnelles et non personnelles, avec prévalence du RGPD.

À qui s’applique le Data Act dans le cadre des services de traitement de données ?

Le Data Act s’applique à tous les services IaaS/PaaS/SaaS, mais également à tout autre modèle à venir.

A noter : certains services « sur mesure » ou en version bêta/essai bénéficient d’assouplissements, mais ne sont pas exclus de toutes les obligations (ex. : information, interfaces ouvertes). Même les offres gratuites doivent permettre la portabilité.

En France : la loi SREN

Au-delà de l’UE, la France a anticipé et complété plusieurs volets du Data Act via la loi SREN du 21 mai 2024 (avec l’ARCEP comme autorité compétente), notamment s’agissant du plafonnement puis de l’interdiction des frais de changement de fournisseur et de la mise à disposition d’interfaces ouvertes. (cf. nos deux articles focus sur ces questions).

Les points clés du Data Act concernant les services de traitement de données

  1. Résiliation anticipée des contrats à durée déterminée : il ne doit y avoir aucun obstacle technique ou contractuel au changement de fournisseur ce qui permet de résilier de manière anticipée les contrats à durée déterminée, avec la possibilité pour le fournisseur d’appliquer des pénalités proportionnées.
  2. Portabilité totale des données client : assurer l’export de l’ensemble des données et métadonnées en fin de contrat.
  3. Transparence sur l’export des données : communiquer dès l’avant-vente sur ce qui est exportable et comment.
  4. Procédure stricte de réversibilité : La réversibilité doit suivre un calendrier strict et précis pour permettre au client de récupérer ses données avant la fin du contrat.
  5. Assistance sur l’export de données, gratuite dès janvier 2027 : les clients doivent bénéficier d’une assistance minimum et gratuite pour l’export de leurs données.
  6. Multi-connexion et mise à disposition de formats d’export : assurer l’export des données dans un format structuré et courant, et l’usage simultané d’autres solutions.

Des sanctions assurant l’efficacité de la réglementation

Le Data Act laisse à chaque Etat Membres la responsabilité d’établir un régime de sanctions effectives, proportionnées et dissuasives.

Ainsi en France, le projet de loi DDADUE du 10 novembre 2025 propose de reprendre les sanctions prévues par la loi SREN, à savoir une amende pouvant atteindre 3 % du CA HT mondial et jusqu’à 5 % en cas de récidive dans les cinq ans. Il faudra en revanche attendre l’adoption définitive de ce projet de loi et sa promulgation ainsi que la nomination officiellement d’une autorité de contrôle -a priori l’ARCEP- pour la mise en œuvre de ces sanctions.

Cependant, en cas de conflit d’interprétation, le RGPD prévaut sur le Data Act. Dans ce cas, la CNIL sanctionne : amende pouvant atteindre 20M€ ou 4% du CA annuel.

A noter : en plus des sanctions administratives, il est toujours possible d’envisager une action en concurrence déloyale à l’encontre d’un concurrent qui ne serait pas en conformité avec le Data Act (cf. notre article sur la question concernant la violation du RGPD). De même, un client pourrait se prévaloir de la nullité de certaines clauses de son contrat, si celles-ci sont contraires au Data Act.

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